Samba, Selmati et Germaine, comme 3.498.800*  personnes en France, sont victimes du mal-logement. Mobilisés mercredi 4 mars place St Michel à Paris, ils protestent contre la condamnation du DAL à 12 000 euros d’amende pour  « dépôt et abandon d’objets sur la voie publique ». Samba, Selmati et Germaine nous livrent leurs difficultés à jouir d’un droit fondamental : l’accession au logement. Témoignages.

* Selon le rapport 2009 de la Fondation L’Abbé Pierre




Crédit photo : Alain Bachellier (Flickr)

« Je construis des immeubles et des maisons mais  je n’ai pas accès au logement »

Samba apporte tous les jours sa pierre à l’édifice mais reste, en définitive,  sur le pas de la porte. Ce malien de 56 ans, dont 36 ans passés en France, s’indigne poliment de la situation ubuesque dans laquelle il se trouve. « Je travaille dans le bâtiment. Vous vous rendez compte ? Je construis des immeubles et des maisons mais  je n’ai pas accès au logement », lance-t-il. Estimant que l’ironie de la situation ne se suffisait pas à elle-même, Samba ajoute : « Je possède ma carte de séjour de 10 ans ». Comme pour signifier que son enracinement en France donne encore plus de légitimité à son combat.

Le large sourire qu’il garde  constamment aux lèvres, laisse entrevoir, qu’il ne restera pas sur sa fin. « Je vais avoir recours à la  loi DALO », dit-il. En théorie, ce texte désigne l’Etat comme garant du droit au logement. Toute personne éligible à ce dispositif possède, depuis le 1er janvier 2008,  le pouvoir d’engager une action juridique contre l’Etat s’il manque à ses obligations. Dans les faits, Samba a d’ores et déjà constitué son dossier. Cependant, l’absence d’implication des autorités dans l’information et le traitement des demandes l’ont poussé à s’en référer au DAL, qui  l’assistera dans ses démarches. Il laisse  tout de même échapper : « On verra… » sur un ton dubitatif. Parole qui laisse une place mitigée à l’espoir.

 

Itinéraire d’une famille de mal-logés

Selmati a quitté, en 2003, son Maghreb natal afin de prendre un nouveau départ. Veuve, elle a choisi la France comme terre d’accueil pour elle et ses deux filles. « Je suis venue rejoindre ma sœur à Paris », déclare-t-elle. Sœur qui lui offre une place dans son 4 pièces abritant déjà, son mari et ses 5 enfants. Toutefois, l’initiative altruiste tourne court. « Au bout d’un mois et demi, mon beau-frère m’a demandée de partir », dit-elle. Désarmée, Selmati s’exécute et quitte les lieux avec bagages et enfants, cette rupture sonne le départ  d’un parcours  du combattant pour l’accession au logement...

Passer sa première nuit dans la rue ? Selmati ne l’envisage pas une seconde et prend  le problème à bras le corps. A situation d’urgence, numéro d’urgence, elle compose le 115. « Le Samu Social nous a dirigées vers l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière », raconte-t-elle. L’établissement dispose, en effet, d’un centre d’hébergement Emmaüs à destination des familles en détresse. Elle y est à l’abri pour 2 jours au bout desquels, s’en suivra une longue errance d’hôtels en hôtels. Selmati et ses filles séjournent, désormais, passage Prado dans le 10ème arrondissement. «  C’est la sixième chambre depuis que j’ai quitté ma sœur », s’exclame-t-elle. Elle considère ce logement provisoire comme « un luxe ». 3 lits et des sanitaires ; c’est ce qu’on lui a proposé de mieux.  Selmati déplore tout de même l’étroitesse des lieux. « je ne peux pas cuisiner pour mes filles », explique-t-elle. Malgré tout, elle ne passera pas outre l’interdiction comme le font de nombreux habitants de l’hôtel. Elle évoque aussi l’insécurité générée par la prostitution, elle craint pour ses filles.

Dans son périple, Selmati estime que sa demande de logement est « prioritaire ».  Après un an et demi de démarches administratives, un emploi  de femme de ménage « déclarée » dans une entreprise, 2 filles à charge ; elle aspire à  trouver enfin un  « chez soi ».



Inconfortable routine

Germaine et son fils subissent, depuis 7 ans déjà,  une vie de nomade. Hébergés tour à tour dans des tentes situées rue de la banque, puis dans des maisons, la famille partage aujourd’hui une collocation. « Nous vivons dans un F3  avec un couple élevant 2 enfants », souligne-t-elle. Cette vie faite de promiscuité empêche toute intimité. Résignée, Germaine avance qu’elle n’a « pas le choix », elle s’est  installée dans cette routine inconfortable.

Outre l’absence de vie privée, elle estime que l’éducation de son enfant est mise à mal. Les déménagements fréquents sont source d’instabilité, «  j’ai beaucoup de difficulté à inscrire mon fils à l’école », déplore-t-elle. Impossible donc pour l’enfant, de s’enraciner pour prendre ses marques. Cet état de fait lui interdit de tisser des liens d’amitié. Germaine veut mettre un terme à cette situation bancale, elle se rebiffe. «  Je demande au gouvernement de respecter la loi, ses engagements et promesses en matière de logement », s’exclame-t-elle. En attendant, elle multiplie les démarches même si ses efforts « restent vains ».


F.S

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