L13: La loi DALO ne "marche" pas?
J.-B. Ayrault: Seulement quelques centaines de logements ont été réalisés en région parisienne alors qu'on sait combien la crise du logement est sévère ici.
L13: Néanmoins, vous refusez de participer aux commissions de médiation mises en place par cette loi?
J.-B. Ayrault: Oui. D'une part, nous sommes sceptiques quant à notre possibilité d'influer sur les décisions de relogement prises en dernier ressort. D'autre part, notre association est déjà très impliquée en amont pour la constitution des dossier DALO. Beaucoup de familles ayant obtenu leur relogement par ce biais ont été défendues par notre association. On se sert donc de cet outil parce qu'il permet au moins de reloger ces quelques familles. C'est toujours ça de gagné.
L13: Dans quels logements sont relogées ces familles?
J.-B. Ayrault: En logement social et dans le parc locatif privé pour ce qui est de la capitale. D'ailleurs, nous avons émis des réserves puisque le relogement fixe n'est pas garanti derrière. Or, pour ces familles pauvres, l'enjeu est d'obtenir un logement stable pour ne pas craindre l'expulsion du jour au lendemain. Une crainte qui ne peut être dissipée que par un logement social, qui répond au besoin vital de stabilité.
L13: L'actualité nourrit chez beaucoup de militants (cf Ian Brossat, PCF) le sentiment d'une criminalisation croissante de l'action revendicatrice. Partagez-vous ce sentiment ?
J.-B. Ayrault: Oui, bien-sûr. On peut d'ailleur le dater de 2002 (il sourit). Mais on a évidemment franchi un palier depuis l'élection de Nicolas Sarkozy,qui, ce n'est un secret pour personne, est un président repressif.
L13: La soif de justice est également forte. En témoigne la demande pressante des associations des victimes de l'incendie de l'hôtel de la rue Opéra (incendie ayant causé la mort de 25 personnes en 2005) qui réclame un procès. Suivez-vous cette affaire ?
J.-B. Ayrault: Bien entendu. L'AVIHPO (Association des victimes de l’incendie de l’hôtel Paris Opéra) est adhérente du DAL et nous suivons donc attentivement ce dossier. Nous sommes inquiets de constater qu'il n'y a pas de volonté forte d'organiser un procès. Or, dans cet incendie vraisemblablement involontaire, il y a tout de même eu des morts et il est important qu'un procès mette en lumière les responsabilités, celle de l'hôtelier, notamment. Mais aussi un manque de contrôle de respects des normes de sécurité, contrôle qui échoit à la Préfecture de Police. Sans oublier la responsabilité des services qui ont placé là ces familles dans cet hôtel en situation de surpeuplement. Dans ce cas, la responsablité du Conseil général, et au-delà, de l'Etat. Bref, il faut que justice soit rendue.
L13: Lors de votre procès, vous avez reçu le soutien "médiatique" de personnalités telles Carole Bouquet, Josyane Balasko ou encore Mgr Gaillot. A l'approche d'échéances éléctorales importantes, avez-vous approché des politiques pour faire entendre votre message à l'échelle européenne?
J.-B. Ayrault: Pas particulièrement. Mais, bien entendu, nous l'envisageons, d'ici les élections. Puisqu'il s'agit aussi d'un problème européen, nous comptons tous les interpeller, sauf le Front National. On verra de quelle manière exactement. Peut-être une tournée des taudis avec quelques responsables politiques...
Propos
recueillis par Abla Jounaïdi pour Label 13 le 29 avril 2009