Crédit photo : Alain Bachelier/Flickr


Jean-Baptiste Ayraut, président de "Droit au logement" revient sur le procès qui visait son association et sur la situation du mal logement en France

Label 13: Le procès en appel du Dal a eu lieu le 4 mars dernier. Le Tribunal a requis la confiscation des tentes et l'abandon de l'amende de 12 000 euros infligée à l'association en première instance. A ce propos, il semble que ce procès ait beaucoup tourné autour de la question de la définition de ces tentes, pour savoir s'il s'agissait "d'objets" ou de "logements"...

Jean-Baptiste Ayrault: Oui, c'est une question importante. Pour nous, il s'agissait évidemment de logements puisque les personnes vivaient sur la chaussée, dans ces tentes. Elles bénéficiaient de logements çà et là mais elles avaient décidé de s'installer, pour protester, dénoncer leur condition de précarité et faire pression pour avoir un relogement.

L13: Ces personnes étaient toutes logées, précédemment ?

J-B. Ayrault: Elles étaient "hébergées" dans des hôtels, parfois, souvent insalubres. Surtout, de façon très précaire et dans des conditions de surpeuplement et de pression à la fois du gérant de l'hôtel et des services sociaux, très difficiles à supporter. Et de manière générale, les pouvoirs publics interviennent maintenant très activement pour démonter les tentes. Ils ont une véritable hantise des campements qui représentent une sorte d'action et qui mettent en scène la situation des mal-logés.

L13: Néanmoins, le 25 mars, vous avez reçu une bonne nouvelle: l'engagement par l'Etat du relogement de 210 ménages sur les 374 qui avaient campés rue de la Banque, les 164 premiers ayant déjà bénéficié de relogements...

J-B. Ayrault: Effectivement. C'est le résultat d'un campement qui avait duré du 4 octobre au 14 décembre 2007. Suite à celà, la promesse de relogement émise par l'Etat n'ayant pas été honorée, l'association avait organisé un nouveau campement le 14 décembre 2008. Campement qui a été démonté le 25 mars, jour où l'Etat a signé un nouvel engagement, plus précis et avec davantage de garanties pour les familles que le précédent. En somme, le campement n'a été qu'un moyen de rappeler l'Etat à ses engagements.

L13: Concrètement, quel premier bilan tirez-vous de l'application de la loi sur le droit au logement opposable ?

J.B. Ayrault: D'abord, il s'agit d'une loi qui n'est pas très efficace. Elle a donné de l'espoir aux mal-logés pour résoudre leur situation. Mais on constate qu'il ne s'agit de rien d'autre qu'une "liste d'attente" supplémentaire, entraînant une procédure de plus. Mais il n'y a pas davantage de logements.

L13: Mais n'avez-vous pas été consulté, en tant qu'association, pour l'élaboration de cette loi?

J.B. Ayrault: Nous n'avons pas été consultés pour l'élaboration de la loi, bien qu'on nous ayons fourni nos desiderata, ceux-ci sont loin d'avoir été pris en compte. Bien entendu, nous ne nous opposons pas foncièrement à la loi. Nous réclamons simplement une loi qui marche...



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